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Éloge de la faiblesse


Aikido training, swari waza
Aikido 16, Acrylic on painting, 120 x 120 cm

Vous êtes vous déjà retrouvé devant des difficultés si énormes qu’elles vous paraissaient insurmontables ?

Dans le cadre de Contreforme, un club littéraire organisé par Thibault Malfoy, mon conseiller préféré, nous improvisons une fois par mois, sur un thème donné, un texte ne dépassant pas cinq cents mots. « Nos belles fragilités », le thème de la dernière session, m’a inspiré une histoire courte.

L’aïkido, cet art martial japonais, basé sur l’utilisation de l’énergie de l’attaquant, se pratique sans compétitions, sans catégories de poids, sans distinction de genre. Et pourtant… Les événements que je décris ne sont pas exacts, cependant je les ai vécus des dizaines de fois.

Sans plus attendre, je vous laisse découvrir cette histoire.


Le principe de non-résistance

Des gouttes de sueur luisaient sur le crâne rasé et la bouche mince s’étira d’un sourire discret qui me parut moqueur. Son odeur fauve m’atteignait par bouffées au rythme languissant des ventilateurs poussifs. Ses longs orteils ligneux s'agrippaient au tatami, tandis qu’athlétique et puissant, il me dominait de toute sa taille et de son impudence d’homme conscient de sa force physique. Comment une femme pouvait-elle prétendre se mesurer à une telle masse?

J’avais bougé trop tard et trop mal et me retrouvais les deux bras tendus, toutes mes forces conjuguées pour retenir le sien et l’empêcher de s’abattre sur ma tête. Les cheveux collés au front, chaleur, humidité, transpiration qui coule en ruisseaux agaçants dans les yeux, sous les aisselles et jusqu’au bas du dos, la brûlure salée de la cornée, les paupières qui se lèvent et s’abaissent, la respiration rapide, le cœur qui pompe le sang, le sang chaud et moite qui circule dans les veines en direction des alvéoles des poumons pour récolter l’oxygène si nécessaire…

Au lieu de poser mon pied devant lui, comme il s’y attendait, je m’avançais par-derrière et d’un mouvement tournant lui fit perdre l’équilibre. En avant, en arrière, le grand corps s’affala sur le sol avec mauvaise grâce.

Une citation de Morihei Ueshiba me revint à l’esprit : « l’Art de la Paix est fondé sur le principe de non-résistance. Parce qu’il est non résistant, il est dès le départ victorieux. »

Mon partenaire se releva et grommela : « Mais ce n’était pas la technique à pratiquer… »

Oui, mais c’était celle qui convenait.


À bientôt,

L.M. Rapp


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